Sur la route

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Le pire pour moi est le mensonge et la désinformation savamment entretenus par les conservateurs. En France, il n’y a plus de Jean Moulin, plus personne pour dire haut et fort que l’extrême droite française tient le même discours qu’Adolf Hitler dans les années 1930, toutes proportions gardées. Mais ce ne sont ni les juifs, ni les immigrés, ni les homosexuels qui sont responsables de la crise. Ce sont les banques. Nous vivons du coup dans une France qui crève de jalousie. Je suis atterré de l’ignorance générale, de ceux qui gobent tout. Nous avons beau avoir un patrimoine culturel énorme, nous sommes de plus en plus incultes.
— Nicola Sirkis, chanteur du groupe français de rock Indochine, dans un entretien accordé à Paris-Match en compagnie du cinéaste canadien Xavier Dolan.

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Premières fleurs du printemps 2014

Crédit photos : Dominique Momiron

À la veille du printemps officiel, le jardin s’illumine déjà de fleurs multicolores. Un bienfait pour l’âme.

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Église Notre-Dame de Ronzières

Crédits photos : Dominique Momiron

Ronzières est avec Tourzel l’un des deux hameaux principaux qui structurent la petite commune de Tourzel-Ronzières, dans le département du Puy-de-Dôme, au cœur de l’Auvergne. Elle se situe sur les hauteurs à quelques kilomètres au sud-est de la ville d’Issoire. Avec une altitude moyenne de 714 mètres, elle a récemment connu une forte augmentation démographique, mais reste de taille très modeste avec 251 habitants recensés en 2011.

Le hameau de Ronzières est situé sur un des petits plateaux volcaniques de basalte (appelé chaux dans la toponymie locale) de ce coin d’Auvergne.Il est occupé depuis le premier millénaire avant JC. Il a été fortifié à l’époque carolingienne. Mais très tôt, ce petit plateau a été le siège d’un sanctuaire religieux sur lequel s’est établie une chapelle dédiée à Saint-Baudime (compagnon évangélisateur de Saint-Nectaire), puis une église de style roman au XIIe siècle, avec des compléments aux XIIIe et XVe siècles. On y trouve donc des éléments de style gothique.

Son clocher pyramidal a été détruit vers 1813 et remplacé par le clocher actuel.

On trouve notamment dans cette église une statue miraculeuse en bois de la Vierge, assise avec l’enfant Jésus sur ses genoux. La tradition populaire veut que cette statue a été découverte de manière miraculeuse par un laboureur dont l’un des bœufs avait pris l’habitude de s’arrêter à un endroit couvert de ronces et d’y beugler systématiquement. Le paysan finit par décider de fouiller les ronces. Il y découvrit la statue au creux d’un rocher. 

La fiche Wikipédia de la commune est ici.

La fiche sur le site Patrimoine De France est ici.

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domomir:

Inauguration d’une plaque commémorative en l’honneur de Jean Zay à l’hôtel de ville de Clermont-Ferrand, 4 octobre 2012

Aujourd’hui, en fin de matinée, j’ai eu le grand plaisir de représenter l’Éducation nationale lors de la cérémonie d’inauguration d’une plaque en l’honneur de Jean Zay à la mairie de Clermont-Ferrand. Cette cérémonie a eu lieu en présence des deux filles de Jean Zay, Hélène Mouchard-Zay et Catherine Martin-Zay. 

Pour ceux qui l’ignorent, Jean Zay fut ministre de l’Éducation nationale et des Beaux-Arts de juin 1936 à septembre 1939. On lui doit des innovations exceptionnelles, inspirées par son idéal démocratique et progressiste :

  • prolongation de la scolarité de 13 à 14 ans en laissant toute liberté d’initiative aux instituteurs pour cette dernière année de scolarité primaire pour laquelle il leur assignait un triple objectif de complément d’instruction, d’initiation à la culture et d’orientation professionnelle ;
  • introduction de 3 heures d’éducation physique à l’école primaire ;
  • introduction, toujours à l’école primaire, des activités dirigées, des classes promenades, de l’étude du milieu par l’observation active ;
  • introduction d’un même programme pour le primaire supérieur et le premier cycle du second degré (à l’époque, les deux ordres étaient vraiment séparés) ;
  • expérimentation d’une 6e d’orientation commune au collège ;
  • mise en réseau des centres d’orientation professionnelle (prémisses de l’orientation) ;
  • création du comité supérieur des œuvres en faveur de la jeunesse scolaire et universitaire (ancêtre des Centres régionaux des œuvres universitaires et scolaires (CROUS)) ;
  • initiation de la création du CNRS et de l’ENA ;
  • arrêt des  procédures qui visaient à supprimer l’école du Pioulier de Célestin Freinet, à Vence ;
  • coup de pouce à la naissance des centres d’entraînement aux méthodes d’éducation actives (CEMEA) ;
  •  création de la réunion des théâtres lyriques nationaux et du musée national des arts et traditions populaires ;
  • encouragement du principe des bibliobus ;
  • création du principe du Festival de Cannes (qu’il ne verra hélas jamais) ;
  • etc.

Jean Zay faisait partie des quelques parlementaires qui embarquèrent sur le paquebot Massilia pour continuer la guerre après la débâcle, à la demande du gouvernement (juste avant que Pétain ait les pleins pouvoirs). Comme eux, il tomba dans ce qui était un piège contre les opposants à Pétain et fut arrêté en arrivant au Maroc. Il fut rapidement jugé dans un procès politique ignoble à Clermont-Ferrand, en même temps que Pierre Mendès-France, Pierre Viénot et Alex Wiltze. Le tribunal le condamna à la peine la plus lourde qu’on pouvait imaginer pour l’accusation insensée de « désertion devant l’ennemi » : la déportation à vie et la dégradation. Pourtant, lors de ce procès, même les témoins de l’accusation reconnurent son courage pendant la guerre, alors qu’il avait démissionné du ministère pour rejoindre sa classe d’âge au front, et cela malgré un état de santé déficient. Ne pouvant être déporté dans les colonies du fait de la guerre, il fut interné à Riom jusqu’en juin 1944. Le 22 de ce mois, il fut enlevé de sa prison par trois miliciens qui l’assassinèrent dans les bois près de Cusset. On ne retrouva son corps qu’en septembre 1945.

Lors de cette cérémonie clermontoise, les filles de Jean Zay on découvert la salle où fut jugé leur père. Elles ont ensuite retracé dans un discours clair et passionnant le déroulé du procès. Puis elles ont lu à deux voix la lettre que Jean Zay écrivit le surlendemain de sa condamnation à sa femme (leur mère) et à son père, Léon. Ce fut un moment d’une rare intensité. J’ai eu la chance d’y assister.

Durant cette heure, l’histoire était vivante et éternelle. Et je me disais que Jean Zay représente encore une source d’espérance pour l’école en France. Il vivra encore longtemps dans les murs de nos écoles et dans les projets de l’Éducation nationale.

La fiche Wikipédia de Jean Zay est ici.

Le site des Amis de Jean Zay est ici.

L’article que le quotidien régional La Montagne a consacré à cet événement est ici (partiel, sauf en version payante).

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Quand il est question de réduction des dépenses publiques, on songe généralement en priorité au fonctionnement de l’État. Or, ce coût de fonctionnement n’a en réalité pas augmenté depuis trente ans : l’ensemble formé des salaires dépensés par des acteurs publics et de leurs consommations intermédiaires (loyers, électricité, téléphone…) représente constamment entre 18 % et 19 % du PIB depuis le début des années 1980.
Guillaume Duval dans l’article Le pacte de responsabilité en 5 questionsAlternatives Économiques n° 332 - février 2014

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Un cas d’absence sur deux en Europe est causé par le stress chronique

Valeurs mutualistes nº 288 de janvier-février 2014, dans un article intitulé Burn out, la souffrance s’installe au travail.

Le phénomène du burn out au travail tend à se développer. À la fois parce qu’il est mieux connu et pris en considération, mais aussi parce que les attentes sociales en matière de productivité se sont accrues. Comme le remarque le docteur Christine Cordoliani, médecin conseiller technique auprès du recteur de l’académie de Versailles, « Avec la possibilité d’être connecté en permanence (courriels, textes, twitter, etc.), le travail empiète de plus en plus souvent sur la vie personnelle. Ce mode de communication en temps réel entraîne une augmentation des attentes personnelles et des objectifs à atteindre de plus en plus ambitieux »

De l’employé au chef d’entreprise, tous les salariés sont touchés. Le phénomène est aussi observé chez les étudiants. Il concernent néanmoins majoritairement les employés du domaine de la relation d’aide que leur travail sollicité fortement dans le domaine émotionnel (personnels médicaux, travailleurs sociaux, enseignants). Les estimations actuelles aboutissent à une fourchette de 5 à 10 % de personnes atteintes dans le monde du travail, avec des taux s’élevant à 40 % dans certaines professions. Une étude de 2011 sur l’Éducation nationale a identifié que 14 % des agents se trouvaient en situation de burn out. Parmi elles, des enseignants, mais aussi des personnels administratifs et des conseillers principaux d’éducation (CPE).

Le mot burn out n’est pas un terme médical, même s’il est utilisé par les médecins généralistes. Il vient d’une expression anglaise apparue en 1969 et décrite par le psychiatre Herbert Freudenberger dans un article publié en 1974. Il fait référence à un incendie qui dévaste l’intérieur d’un immeuble dont l’extérieur paraît peut touché. Il s’agit d’un syndrome d’épuisement au travail constitué de réactions consécutives à des situations de stress professionnel chronique. Il se manifeste par un sentiment de fatigue intense, de perte de contrôle et d’incapacité à aboutir à des résultats concrets au travail. On distingue quatre phases de développement :

  • La phase d’alarme, au cours de laquelle le stress se manifeste et déclenche des réactions chez le sujet.
  • La phase de résistance au cours de laquelle le métabolisme s’adapte.
  • La phase de rupture qui voit l’apparition de réactions semblables à celles de la première phase, mais qui deviennent alors irréversibles.
  • La phase d’épuisement qui est celle de la perte des défenses psychologiques et l’installation d’une angoisse constante.

Quelques actions ont été identifiées pour affronter ce phénomène :

— Pour l’employeur :

  • Repenser l’organisation du travail en veillant à renforcer le sentiment de justice et en améliorant les relations dans les équipes.
  • Améliorer le soutien social et l’attention aux signes du stress professionnel chez les collègues.
  • Être attentif à l’absentéisme.

— Pour le travailleur (dès la phase d’alarme) ;

  • Identifier les signaux de son corps.
  • Accepter de s’écouter et envisager de modifier sa trajectoire professionnelle en privilégiant son propre bien-être.
  • Revoir sa relation au travail et rompre son isolement dans l’équipe.
  • S’engager dans des actions professionnelles qui déclencheront une réponse potentielle de reconnaissance.
  • Se donner du temps de récupération sur le long terme.
  • Consulter son médecin ou un psychologue du travail.

Wikipédia consacre un article consistant au phénomène : Syndrome d’épuisement professionnel

L’Express y a consacré une brève chronique datée du 18 janvier 2012 : Comment sortir du burn-out professionnel ?

Le nouvel Observateur dans sa partie Le + propose un article du 24 janvier 2014 intitulé : Burn-out : on peut diminuer le phénomène avec un bon management, voici comment

En Belgique, un groupe de psychologues a publié un site internet consacré au traitement du burn out : Traitement du burn-out

Classé dans burn out stress épuisement professionnel stress chronique stress au travail

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Appellation des directeurs académiques et directeurs académiques adjoints des services de l’éducation nationale

See on Scoop.it - Inspecteurs pédagogiques en France
image

« Eu égard à l’importance de la dimension pédagogique de leur mission, je vous demande, dans l’usage courant et en dehors d’actes à caractère réglementaire, d’utiliser la dénomination suivante :

- Madame l’inspectrice d’académie - directrice académique des services de l’éducation nationale ;

- Monsieur l’inspecteur d’académie - directeur académique des services de l’éducation nationale ;

- Madame l’inspectrice d’académie - directrice académique adjointe des services de l’éducation nationale ;

- Monsieur l’inspecteur d’académie - directeur académique adjoint des services de l’éducation nationale.

Le ministre de l’éducation nationale,
Vincent Peillon »

Dominique Momiron's insight:

Voilà une première réaction ministérielle au décret du 5 janvier 2012 sur la nouvelle gouvernance académique. Ici, il s’agit de rappeler dans l’usage courant, hors les textes règlementaires, la dimension pédagogique de la fonction des directeurs académiques. Pour cela, le ministre a répondu à une revendication de plusieurs Dasen fort contrariés d’avoir perdu le titre d’inspecteur d’académie. Ce titre est donc rétabli. Cela dit, cette note de service n’est qu’une instruction qui ne remet pas en cause le décret. D’autant plus que règlementairement peuvent accéder aux fonctions de DASEN et de DAASEN des fonctionnaires issus d’autres corps que celui des IA-IPR (inspecteurs d’académie - inspecteurs pédagogiques régionaux). Et le ministère ne s’est pas privé d’en nommer de la sorte. Voilà donc ceux-ci dotés dans l’usage du titre d’inspecteurs d’académie.

Au-delà de cette question d’usage purement symbolique, il n’est pas encore à l’ordre du jour (mais cela arrivera-t-il un jour ?) de reconstruire le lien fonctionnel de base entre le directeur académique et le département. Là aussi, si on le fait dans l’usage (voir les décrets individuels de nomination), ce lien n’a plus de fondement règlementaire obligatoire dans le décret de 2012 qui a supprimé l’adjectif “départemental” et ses délcinaisons dans l’appellation de la fonction de directeur académique des services de l’éducation nationale. Et là, il ne s’agit pas que d’une question symbolique, mais bien d’une question de gouvernance territoriale. Pour l’instant, le décret de 2012 la confie exclusivement au point de vue du recteur.


See on education.gouv.fr

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On ne répètera jamais assez que le temps de l’école n’est pas le temps du politique. Tirer aujourd’hui un bilan de la réforme Peillon n’a pas grand sens ; au risque de décevoir beaucoup de monde je dirai que nous saurons au plus tôt dans le PISA 2021 si la réforme a permis une réelle inversion de tendance; d’ici là il est à craindre que les évaluations internationales de 2015 et 2018 continuent à montrer l’excessif déterminisme social de notre école.

Christian Forestier, interrogé pour L’Express le 9 janvier 2014 par Marie Caroline Missir dans Prépas: un modèle “malthusien, élitiste, infantilisant” pour Forestier

Christian Forestier est un très grand connaisseur du système éducatif français. Le titre de l’entretien est centré sur le récent non-événement de l’hypothèse d’une réforme des rémunérations des professeurs de classes préparatoires aux grandes écoles. Mais le thème repris dans cette citation est sans doute plus fondamental.

En effet, le temps de l’école est par essence un temps long, contrairement au temps de la politique et des médias contemporains. C’est tout le paradoxe des politiques éducatives contemporaines : ceux qui les conçoivent et ceux qui en parlent ne disposent pas du temps long nécessaire à l’installation des politiques, à leur mise en œuvre et au recensement de leurs résultats. Pourquoi ? Eh bien tout simplement parce que les apprentissages scolaires s’effectuent sur plusieurs années en fonction de la croissance des enfants. Une scolarité en école maternelle dure au moins trois ans. Une scolarité en école élémentaire dure au moins cinq ans tandis que celle du collège prend au moins quatre ans. Soit un total minimum de douze ans.

Quand on sait qu’environ un tiers des élèves de quinze ans ont connu un redoublement (particularité française qui ne peut qu’interroger, d’ailleurs), on voit bien que les résultats d’une réforme – qu’ils soient effectifs, positifs ou négatifs – ne seront observables que longtemps après la fin d’un gouvernement dont le temps d’espérance est au mieux de cinq ans.

Mais les médias d’information ont-ils seulement la capacité de prendre cette réalité en considération à l’époque du flux continu d’immédiateté obsolescente ?

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Leçon de choses dans le jardin de la bête

Au cœur de Berlin, il y a un parc de 210 hectares nommé Großer Tiergarten. En français, cela se traduirait par « le grand jardin des animaux ». C’est le plus ancien parc de la ville, une ancienne réserve de chasse qui abrite encore de nombreux animaux sauvages.


C’est donc le nom de ce parc que le journaliste américain Erick Larson a choisi pour intituler le livre qu’il publia en 2011 : In The Garden of Beasts (Crown Publishers). Lors de sa traduction en français, le titre fut légèrement modifié et le mot « beasts » passa au singulier : Dans le jardin de la bête. image

L’allusion est évidente à la « bête immonde » dénoncée par Bertold Brecht en 1941 dans La résistible ascension d’Arturo Ui. Car le sujet de ce livre convoque bel et bien la montée du nazisme.


Il ne s’agit pas d’un roman, ni même d’une biographie romancée. Erick Larson s’est évertué à établir le récit détaillé et scrupuleux d’un épisode de la vie de deux personnages historiques : l’ambassadeur William E. Dodd et sa fille Martha. Lui, ami du président Roosevelt, est historien de la Guerre de Sécession en fin de carrière, et il postulait pour un poste d’ambassadeur afin, pensait-il naïvement, d’avoir le temps de finir son grand livre sur l’histoire du Vieux Sud. Elle, est une jeune fille de bonne famille, particulièrement ouverte aux aventures avec les hommes, sans avoir trop d’idées politiques consistantes. Dodd se voit nommé ambassadeur à Berlin en 1933, alors qu’Hitler vient de devenir chancelier. Avec sa famille, il loue une maison sise en bordure du Tiergarten. Lui-même n’a guère d’idées structurées concernant le nazisme. D’ailleurs, la seule feuille de route qui lui est donnée par ses supérieurs hiérarchiques résume sa posture politique à un seul but : obtenir que les nazis poursuivent le règlement de la dette que l’Allemagne doit aux banquiers des États-Unis d’Amérique. Quant à la question de l’antisémitisme nazi, elle est pudiquement glissée sous le tapis afin qu’elle ne gêne en rien la bonne volonté attendue d’Hitler pour le règlement de la dette. Nul ne pense que  l’antisémitisme d’Hitler puisse devenir en quoi que ce soit criminel : il est réduit à une posture morale péjorative certes, mais intimement partagée par de nombreux Occidentaux.


À partir de cette situation, Erick Larson nous expose dans le détail tout ce que l’ambassadeur Dodd et sa fille Martha vont vivre depuis leur arrivée à Berlin en juillet 1933 jusqu’au retour définitif de Dodd aux États-Unis en janvier 1938. Pour ce faire, Larson s’appuie sur la documentation et les archives disponibles : tout est scrupuleusement référencé dans un abondant corpus de notes en fin de livre, notes qui apportent elles aussi de fréquents détails intéressants.


En cinq ans, Dodd et sa fille auront été totalement transformés par l’expérience qu’ils ont vécue. Lui deviendra un militant de la dénonciation du nazisme et appellera le monde démocratique, dont son propre pays, à réagit avec fermeté contre Hitler. Martha, après avoir été la maîtresse sans la moindre vergogne de grands dignitaires nazis (dont le premier chef de la Gestapo, Rudolf Diels, ou le grand ami et pianiste personnel d’Hitler, le géant Ernst Hanfstaengl) deviendra par amour une espionne au service de l’URSS de Staline qui finira sa vie en exil dans le bloc communiste. Entre-temps, ils auront vécu de très près le développement criminel du pouvoir nazi, de l’incendie du Reichstag à la Nuit des longs couteaux.
S’il y a quelque chose de fascinant dans ce livre, c’est qu’il permet de saisir dans le détail comment le régime totalitaire hitlérien a pu se développer jusqu’à l’horreur la plus folle au nez et à la barbe de la civilisation démocratique occidentale. Le souci du détail d’Erick Larson nous conduit à suivre une véritable leçon de choses en matière d’histoire et de politique.


Personnellement, j’en tire six éléments universels qui méritent d’être considérés encore aujourd’hui. Car comme le prédisait Bertold Brecht : « Le ventre est encore fécond, d’où a surgi la bête immonde. »


1 — Dans le fondement ultime de toute idéologie totalitaire, il y a de la part de ses thuriféraires et promoteurs une appétence insatiable pour la violence physique contre autrui, et cela à un stade qui relève d’une véritable perversion. Cette appétence peut à l’occasion conduire les adeptes du totalitarisme à se massacrer entre eux sans la moindre retenue. La souffrance et la mort qu’ils donnent directement ou indirectement à des êtres humains agissent sur eux comme un élixir de bien-être qu’ils goûtent avec une jouissance invétérée.


2 — L’identification d’un groupe humain en tant que responsable de tous les malheurs du genre humain permet de soulager les angoisses issues de la conscience de sa propre vanité, vacuité, petitesse, misère. C’est la théorie du bouc émissaire. Chez Hitler, les Juifs constituent le bouc émissaire ultime qu’il faut éradiquer. La violence fondamentale des adeptes du totalitarisme trouve dans l’anéantissement du bouc émissaire toute la légitimité qui lui permet de satisfaire ses attirances criminelles sans la moindre vergogne.


3 — Les responsables de l’idéologie totalitaire mentent effrontément pour atténuer — et même nier — la violence fondamentale de leurs desseins. Ils s’appuient sur un principe on ne peut plus simple : plus le mensonge est grossier, mieux il passe aux yeux du commun des mortels et surtout de ceux qui craignent la violence. Le second principe sur lequel ils s’appuient est celui de la compromission progressive : à chaque étape de transgression, celui qui s’est laissé abuser et en a conscience atténue la portée de la transgression et repousse sa réaction potentielle à un éventuel stade supérieur qu’il refuse de reconnaître comme certain. Le menteur totalitaire se joue de l’impuissance toujours prolongée de celui qui a la faiblesse de croire à ses mensonges contre toute évidence. Et d’étape en étape, le pouvoir totalitaire va jusqu’au paroxysme de sa violence à l’intérieur de ses frontières.


4 — Les adeptes du totalitarisme se vouent naturellement au culte du chef, dans une hiérarchie fondée sur le pouvoir incontesté qui se décline de l’échelon suprême à l’échelon le plus bas. La vie sociale consiste à obéir aux échelons supérieurs et à commander sans limites aux échelons inférieurs. Chaque adepte trouve dans ce système une jouissance intime qui le soulage à chaque fois qu’un événement ou une attitude de la part d’autrui peut le troubler dans la certitude de sa représentation du monde. Enfin, chacun, à son échelon, se sent investi d’une toute-puissance salvatrice.


5 — Les démocrates, les humanistes et les pacifistes se font aisément berner par les agissements des pouvoirs totalitaires du fait de leur détestation radicale de la violence physique et de leur empathie viscérale à l’égard de la souffrance d’autrui. Ils s’habituent progressivement à la découverte du mal chez les totalitaires, jusqu’à le banaliser en contradiction avec leurs valeurs idéologiques et leurs principes moraux et intellectuels. Ils en arrivent à se mentir à eux-mêmes ainsi qu’aux plus conscients et réactifs d’entre eux qu’ils considèrent comme des irresponsables manquant de nerfs, voire comme des extrémistes qu’il faut contenir pour éviter l’affrontement et la violence avec les totalitarismes.


6 — Seule la solidarité ambitieuse des nations démocratiques civilisées peut venir à bout d’un pouvoir totalitaire qui s’est emparé d’un peuple. Cette solidarité ne peut exister que si elle est nourrie par l’instruction, l’éducation, la culture et le développement de la citoyenneté éclairée, libre, critique et autonome des populations de ces nations. Toute faiblesse dans le niveau d’éducation des peuples des pays démocratiques est un atout pour les tyrans des pays dévorés par le totalitarisme.

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Meilleurs vœux de bonheur et de santé !
Crédit photos : Dominique Momiron
Une carte composée de courges, de maïs et d’oignons. Voici les clés.
En Asie, les courges, potirons et citrouilles symbolisent l’abondance et la fécondité. Elles sont nourriture d’immortalité et signe de régénération spirituelle.
Dans les civilisations d’Amérique centrale, le maïs est l’expression du Soleil, du Monde et de l’Homme. Il est le symbole de la prospérité. Le Popol Vuh l’associe à la troisième tentative de création de l’homme après un premier essai avec de l’argile et un deuxième avec du bois.
Enfin, l’oignon, selon Râmakrishna, est comparable à la structure de l’égo humain, avec ses couches sans noyau qui aboutissent à la vacuité. Après l’avoir épluché, rien ne fait donc plus obstacle à l’Esprit universel. Dans la Chine traditionnelle, l’oignon symbolise l’intelligence. Dans l’Antiquité occidentale, sa force et son odeur donnaient courage et vigueur à ceux qui en mangeaient.

Meilleurs vœux de bonheur et de santé !

Crédit photos : Dominique Momiron

Une carte composée de courges, de maïs et d’oignons. Voici les clés.

  • En Asie, les courges, potirons et citrouilles symbolisent l’abondance et la fécondité. Elles sont nourriture d’immortalité et signe de régénération spirituelle.
  • Dans les civilisations d’Amérique centrale, le maïs est l’expression du Soleil, du Monde et de l’Homme. Il est le symbole de la prospérité. Le Popol Vuh l’associe à la troisième tentative de création de l’homme après un premier essai avec de l’argile et un deuxième avec du bois.
  • Enfin, l’oignon, selon Râmakrishna, est comparable à la structure de l’égo humain, avec ses couches sans noyau qui aboutissent à la vacuité. Après l’avoir épluché, rien ne fait donc plus obstacle à l’Esprit universel. Dans la Chine traditionnelle, l’oignon symbolise l’intelligence. Dans l’Antiquité occidentale, sa force et son odeur donnaient courage et vigueur à ceux qui en mangeaient.

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Issoire, la nuit

Comme toutes les villes, lors des fêtes de fin d’année, Issoire joue avec les lumières pendant les longues nuits d’hiver.

Crédit Photos : Dominique Momiron

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Voile : Peillon maintient la "neutralité" des parents accompagnateurs

Le Café pédagogique du 27 décembre 2013 revient sur la question du port de signes vestimentaires à caractère religieux par des parents qui participent à l’accompagnement de sorties scolaires. Cette question avait fait l’objet d’une circulaire du ministre Luc Chatel en mars 2012. Confronté à des situations tendues dans ce domaine, le Défenseur des droits, Dominique Baudis, avait demandé au Conseil d’État de dire le droit en la matière. Ce qui a été fait (l’avis est disponible ici : http://www.defenseurdesdroits.fr/sites/default/files/upload/conseil_detat_etude_demandee_par_ddd.pdf). En réaction à cet avis, le ministre Vincent Peillon a publié un communiqué qui semble confirmer la validité de la circulaire de son prédécesseur.

Rien n’est simple dans cette problématique qui touche à la fois à l’identité historique du système scolaire public français (avec ses rapports ambigus vis-à-vis des parents des élèves et de leur engagement religieux, voire politique) et aux tensions politiques récentes d’une république qui a du mal à se situer dans le phénomène de mondialisation que connaît notre époque. La laïcité devient alors un étendard dont la signification dépend de celui qui le brandit.

Incidemment, comme le remarque le rédacteur en chef du Café pédagogique François Jarraud dans son éditorial :

La mesure prise par V. Peillon intervient aussi à un moment où l’École semblait vouloir repartir sur de nouvelles bases. La loi d’orientation a rompu avec l’ancienne conception de l’École en adoptant l’idée d’une école inclusive. C’est-à-dire non pas une École où l’élève doit se fondre dans le moule pour être inclus mais une École qui accepte la différence. En même temps, elle fait de la lutte contre l’échec et le décrochage scolaires des priorités absolues. Et c’est aussi ce que nous imposent les résultats de Pisa. Pour l’École française, la scolarité des jeunes issus de l’immigration devrait devenir l’objectif principal.

On pourra aussi consulter l’avis de l’historien et sociologue Jean Baubérot dans cet entretien au Nouvel Observateur : Voile en sortie scolaire : “La gauche doit être courageuse !” 

Le danger communautariste, on le crée en désocialisant et en discriminant certaines personnes. En ne respectant pas leur liberté de croyance. On les oblige à se replier sur leur communauté, et les intégristes peuvent ainsi prêcher auprès de gens qui se sentent discriminés. La démocratie doit isoler les extrémistes, pas leur ouvrir un boulevard.

Classé dans laïcité politique scolaire

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Belle et Sébastien, un conte français contemporain

Cyniques invétérés, convaincus ou par posture esthétique, abstenez-vous. Nulle nécessité pour vous à venir souiller de vos ricanements et saillies  ironiques le plaisir de ceux qui ont apprécié Belle et Sébastien, version 2013.

Âmes sensibles, quinquagénaires, voire quadragénaires bien avancés et néanmoins nostalgiques de votre enfance, ce film est pour vous.

Il y eut Belle et Sébastien en 1965, série télévisée en noir et blanc composée de 13 épisodes de 26 minutes diffusés chaque dimanche à partir du 26 septembre sur la première chaîne de l’ORTF. Il y a désormais un beau film de cinéma diffusé à partir du 18 décembre pour une saison de Noël avide de productions familiales.

image Ceux qui détestèrent la série dans les années 1960 en la rangeant définitivement dans la catégorie des mièvreries sans intérêt auront leurs pareils aujourd’hui. On leur concèdera une évidence : ce n’est pas un chef-d’œuvre. Il y a des effets faciles et une tendance très appuyée à flatter les bons sentiments sans trop de pudeur.

Et pourtant, la reprise de 2013 ne se réduit pas à un simple coup commercial. Belle et Sébastien est une œuvre attachante. Il y a au cœur de cette histoire d’amitié entre un enfant et une énorme chienne Berger des Pyrénées le ferment d’un conte français contemporain qui dépasse son époque de création et transcende la simplicité initiale de son intrigue.

Comme le dit Michel Serres, un conte, c’est un jeu autour d’un mot. Le mot, ici, c’est « belle ». C’est le nom que donne Sébastien à la chienne avec laquelle il a su nouer une relation d’affection et de complicité, alors que jusqu’à cet instant fondamental dans l’histoire, cette chienne n’était connue que sous l’appellation de « la bête ». En lui donnant le nom de Belle, Sébastien lui confère un statut proche de l’humain. Il la rapproche de son propre destin, lui qui est né six ans plus tôt dans la montagne d’une mère dont il ne sait rien, sinon l’absence permanente et l’existence lointaine dans un ailleurs imaginaire, l’Amérique. Mais ce faisant, Sébastien conquiert lui aussi une revalorisation de son propre statut aux yeux des hommes : lui, le petit garçon « orphelin » recueilli par le rude berger César, il a dominé la bête qui effraie tant la communauté de la montagne. Il est devenu le passeur ultime entre la nature et l’humanité, dans ce pays où la montagne est partout, aussi accueillante que menaçante pour ces hommes désireux, coûte que coûte, de vivre en son sein. Sébastien, fils unique d’une mère gitane morte en lui donnant la vie, est devenu le fils de la montagne et de la nature ; et la formidable chienne Belle qui l’a reconnu et révélé comme tel aux yeux des hommes devient sa protectrice infatigable, substitut d’une mère indispensable pour son bien-être.

Il fallait nécessairement un cinéaste intimement pénétré des liens entre la nature et l’homme pour recréer ce conte sorti de l’imagination immensément maternelle de Cécile Aubry. À cette aune, Nicolas Vanier s’imposait parmi la communauté des réalisateurs français. Il a modifié des éléments, supprimant des personnages, en rajoutant d’autres. Il a situé l’action au cœur de la Seconde Guerre mondiale, en jouant sur le thème de la frontière et en tirant honnêtement et sans pathos excessif les personnages vers les confins du bien et du mal. Mais il n’a en rien dénaturé le cœur du conte originel. Son image rend hommage à l’importance de la montagne et de la nature dans l’âme des personnages. Il filme les hommes à leur hauteur pour mieux nous faire saisir la fragilité de leurs certitudes. 

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Pour ce faire, Vanier a eu le bonheur de mobiliser des comédiens crédibles, aussi bien pour les rôles principaux que pour les personnages secondaires, comme le cinéma français d’autrefois savait si bien le faire. Tchéky Karyo incarne un superbe César, tant par son physique rugueux que par son jeu puissant. Le jeune Félix Bossuet parvient à donner au personnage de Sébastien cette incarnation si fragile et si vraie que Mehdi, le fils de Cécile Aubry, avait su apporter au rôle de Sébastien lors de sa création. Mehdi lui-même a eu la générosité et l’intelligence d’interpréter un personnage secondaire auquel sa personnalité forte a su donner de la consistance. Enfin, le compositeur Armand Amar a eu l’humilité de créer un écrin musical habile qui rend hommage à la forte et inoubliable mélodie originelle créée par Daniel White.

On peut donc voir cette version 2013 de Belle et Sébastien avec un grand plaisir et même beaucoup d’émotion.

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Une interview de Mehdi El Glaoui et de sa mère Cécile Aubry (décédée en 2010) est disponible ici.

Pour revoir le générique de début de la série originelle, avec le résumé de Cécile Aubry, c’est ici.

Pour visionner la bande annonce du film de Nicolas Vanier, c’est ici.

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